HICQUAR - Histoire de la concertation dans la mesure et la régulation de la qualité de l’air : cadrages administratifs, neutralité scientifique et débordements citoyens   

Responsable scientifique : Florian CHARVOLIN - MODYS CNRS

  • Durée : 36 mois
  • Rapport finalrésumé et synthèse sont en ligne
  • Contact : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Publication issue de la recherche : 

Un air familier ? Sociohistoire des pollutions atmosphériques
Florian Charvolin, Stéphane Frioux, Léa Kamoun, François Mélard, Isabelle Roussel
Paris, Presses de l'Ecole des Mines, 2015

Mots-clés  : Pollution atmosphérique, étude des sciences, concertation, démocratie technique

Résumé :

L’histoire de la mesure et de la régulation de la pollution de l’air en France reste à faire. Des historiens de l’environnement se sont déjà penchés sur une exploration similaire pour le cas de l’Allemagne, des États-Unis ou encore de l’Angleterre pour le XXe siècle. Le parti pris de départ de cette recherche consistait à chercher dans cet angle mort de l’historiographie française pour voir si le diagnostic d’un retard français ne correspondait pas à une question mal posée au départ et à une recherche mal dirigée.

La perspective de ce travail est double, historique et sociologique. 

Historiquement parlant, la donnée en matière de pollution de l’air a été interrogée au moment où elle était relevée et dans les termes et l’environnement technique de l’époque. Ont été explorées pour chaque période des solutions techniques dont la pertinence tenait au départ à leur robustesse, quels que soit le terrain envisagé et les ressources en matériel plus ou moins sophistiqué mobilisables. Ont été étudiés les sources de l’histoire de la mesure de la pollution atmosphérique et de sa régulation de 1900 à 1960, la mise sur agenda régional et national au tournant des années 1960 d’une première politique bâtie sur des indicateurs sophistiqués de la pollution atmosphérique, les progrès vers la gestion territorialisée de la qualité de l’air avec son jeu d’échelles distinctes des années 1970 à 2000 et la reprise du questionnement plus sociologique sur la concertation à propos des réseaux de nez contemporains (protocoles de mesure de la pollution olfactive mobilisant la population) dans la région lyonnaise et wallonne. Le décalage produit par l’histoire rend possible de réinterroger différemment la période contemporaine et de ne pas succomber à l’imposition d’une rationalité technique.

Sociologiquement, l’équipe s’est interrogée sur le travail de la preuve, à l’œuvre dans des dispositifs de concertation avant la lettre tout au long du XXe siècle (commission extra-municipale, pétitions, collectifs de particuliers, réseaux de vigie de la pollution olfactive, etc.). Cela a permis d’appréhender la pertinence sociologique de l’expérience de proximité et l’antécédence des préoccupations de terrain et locales par rapport aux textes et instances nationales.

Les conclusions concernent essentiellement trois points :

- historiquement, le cas français par rapport aux cas anglo-saxons se distingue par la mise en place de réseaux de circulation des personnes et des savoirs, voire des matériels, qui associent université, centres de recherches publics ou industriels et collectivités locales sur une base territoriale et non uniforme à l’échelle de la France (« poches » de mesure de la pollution de l’air dans certaines régions très polluées comme Lagor, Saint-Étienne, Fos-sur-Mer). Une histoire des textes nationaux raterait cette riche histoire locale des mesures de la pollution atmosphérique et des personnalités marquantes régionalement ou encore des associations (comme l’APPA) qui ont servi d’homogénéisation entre local et national, entre université et hauts fonctionnaires, etc. Il faut donc restaurer ce maillage progressif de la France, au fur et à mesure que progressent les connaissances et les préoccupations, en insistant sur le rôle de la population locale et d’associations professionnelles dans lesquels les industriels sont impliqués ;

- sociologiquement, l’évolution du XXe siècle montre un progressif glissement des mesures à l’émission (qui consistaient à mesurer la pollution à la sortie des cheminées d’usine), vers les mesures à l’immission (celles produites par des capteurs installés sur le territoire pour mesurer ce que les citadins moyens respirent). Une troisième époque semble être née récemment dans l’histoire de la mesure et de la concertation mêlées en matière de pollution de l’air : une frange de la population est plus aguerrie à la masse de données produite par les AASQA (Associations Agrées de Surveillance de la Qualité de l’Air). Cette dimension politique du jeu avec des données publiques va de pair avec les progrès de la technique de mesure qui est maintenant capable d’évaluer l’exposition de la population à la pollution de l’air dans son logement, dans son quartier, dans ses trajets... 

Publications issues de la recherche :

Charvolin F. et al. (2015). Un air familier ? Socio-histoire des pollutions atmosphériques. Paris, Presses de l'Ecole des Mines.

Charvolin F (2015). « Mesurer l'air. Une fuite de phosgène à l'usine toulousaine Tolochimie en 1973 », Ethnologie française, n°XLV, p.77-85.

Frioux, S. (2015) « La ville insalubre : pollution de l'environnement urbain et risque sanitaire en France, de Pasteur aux "Trente Pollueuses" », dans Anne-Marie Granet-Abisset et Stéphane Gal (éd.), Les territoires du risque. Villes, environnement, territoires, Grenoble, PUG, 2015, p. 125-138.

Frioux S. (2013) « La pollution de l'air, un mal nécessaire ? La gestion du problème durant les "Trente Pollueuses" », dans Céline Pessis, Sezin Topçu et Christophe Bonneuil (dir.), Une autre histoire des "Trente Glorieuses". Modernisation, contestations et pollutions dans la France d'après guerre, Paris, La découverte, 2013, p. 99-115.

Frioux S. (2013) « Problème global, action locale : les difficultés de la lutte contre les fumées industrielles à Lyon (1900-1960) », dans Michel Letté et Thomas Le Roux (dir.), Débordements industriels. Environnement, territoire et conflit XVIIIe-XXIe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013, p. 317-333.

Froux S. (2013)- « Les batailles de l'eau et de l'air purs. Transferts techniques ou scientifiques internationaux et politiques d'amélioration de l'environnement urbain en France des années 1900 aux années 1960 », dans Charles-François Mathis et Jean-François Mouhot (éd.), Une protection de la nature à la française (XIXe-XXe siècles) ?, Seyssel, Champ Vallon, 2013, p. 236-245.

Mélard, F., D. Denayer and N. Semal (2015). ""Public-based-Learning": The Place of Publics in exploring environmental controversies for pedagogical purposes." The International Journal of Environmental and Science Education10(6).

Mélard, F. and M. Mormont (2013). "The Pragmatic Collective Interest as the Product of Civic Deliberation: The Case of Pesticide Management in Belgium." Sustainability 5.

Roussel I. (2011) « De la surveillance à la gouvernance de la qualité de lʼair (Pour une prise en charge politique) » Pollution atmosphérique n° 210 - avril-juin 2011 p.165-178 http://lodel.irevues.inist.fr/pollution-atmospherique/docannexe/file/500/165_roussel.pdf

Roussel I. (2013), « La qualité de l'air et ses enjeux » Pollution atmosphériqu e, n° 220, Octobre-décembre 2013 http://lodel.irevues.inist.fr/pollution-atmospherique/index.php?id=2518&format=print

Roussel I. (2015), « Épisodes de pollution et dispositifs d'alerte en France : une vision historique et sociopolitique »,Pollution atmosphérique, numéro spécial, mars 2015, p.40-60 http://www.appa.asso.fr/_docs/1/fckeditor/file/Revues/PollutionAtmospherique/HS_pointes/Roussel_Historique.pdf

 

Pour être informé de l'actualité de CDE, merci de remplir le formulaire ci-dessous :

e-mail:   Organisme:
Nom:   Prénom: